"Manip" manchots Adélie

Parlons un petit peu du manchot Adélie.

En Terre Adélie, on trouve 2 espèces de manchots bien distinctes l’une de l’autre.
Il y a l’Empereur que vous connaissez tous et puis l’Adélie.
Adélie parce que c’est ici, sur cette terre découverte pour la toute première fois par Jules Dumont D’Urville en janvier 1840, qu’il se reproduit. C’est un petit manchot d’une taille moyenne de 40cm à l’âge adulte et très caractériel. Il a deux couleurs dominantes le noir et le blanc. Couleurs lui permettant de se protéger de ses prédateurs. C’est un animal sociable qui vit en colonie et nous avons plusieurs colonies sur la base.

Quand je suis arrivé à DDU, il y a un mois maintenant, je me rappelle de tous ces petits poussins  blottis aux pieds de leur parents. C’était la saison des naissances.
Aujourd’hui ces poussins sont devenus grands, le duvet s’envole et on les voit se transformer progressivement en adultes.
Delphine, une des deux ornithologues de la base, doit répertorier tous ces nouveaux individus avant leur départ. Après la saison de reproduction durant l’été austral, ils migreront le mois prochain dans la zone circum polaire, fuyant le redoutable hiver Antarctique qui arrive.

Cette année nous avons eu la débâcle. La banquise s’est fragmentée, dispersée et l’eau libre de l’océan Austral est à nouveau accessible depuis la base. Et ça change tout car pour un manchot l’ océan est vital, il y trouve de quoi se nourrir et de quoi nourrir sa progéniture.
L’année dernière la banquise était si étendue que les manchots devaient parcourir une distance monstrueuse de 80km pour pouvoir l’atteindre.
Imaginez le temps qu’il fallait pour parcourir cette distance aller/retour le ventre vide. Tellement de temps que les poussins en attente de leurs parents finissaient par mourir de faim et de froid.
En sachant que pour un manchot, marcher est un enfer, car il vit la plupart du temps dans l’eau et ne se rend sur terre que pour s’y reproduire.
Nous avons ces dernières années, suite à plusieurs non débâcle, pu constater l’étendue des dégâts; tout juste 2 survivants en 2017 et un triste 0 en 2014…Mais en 2018 il semblerait qu’ils soient beaucoup plus nombreux grâce à cette débâcle bienvenue.

(Un autre article sera prochainement consacré entièrement à ce phénomène de débâcle)

Voilà donc le travail de recensement des nouveaux nés que Delphine doit réaliser. L’étude est effectuée tous les ans sur une colonie particulière. Cette colonie est appelée « Antavia».
Chaque année les Adélie reviennent au même endroit dans la même colonie.
Ce travail est impossible à réaliser seule, il y a plusieurs centaines de nouveaux individus.
En conséquent Delphine fait appel tous les jours à des volontaires pour l'aider dans sa manip.
Je me suis donc porté volontaire sur plusieurs sessions.

Avant de partir sur le terrain il faut bien entendu s’équiper chaudement, les températures ne sont pas encore très basses pour l’instant mais le vent lui est glacial. On enfile en plus une combi ornitho pour ne pas tâcher nos beaux vêtements.

Nous sommes en général 5 personnes par manip et chacun à sa fonction bien précise.
Corentin s'occupe d'attraper les manchots, Sophie s'occupe de prendre les notes, moi à maintenir le manchot pendant que Delphine et Pierrick réalisent leurs opérations.

Une fois que Corentin a attrapé un Adélie à l’aide d’un file monté en nœud coulant au bout d'une perche, je le récupère dans mes bras et les opérations débutent.

On lui place une cagoule sur la tête permettant d’abaisser le stress de l’animal.

Delphine commence par vérifier si le manchot n'a pas déjà de puce électronique grâce à un détecteur de puces.
Si ce n'est pas le cas, elle effectue ce qu'on appelle un transpondage. On injecte alors une petite puce électronique minuscule dans une zone insensible, un peu comme
notre peau du coude. Ça peut paraître un peu barbare comme ça, mais rassurez vous, le manchot ne sent pratiquement rien.

On prélève entre 5 et 10 plumes. Elles serviront à obtenir des informations sur son ADN.

Ensuite on mesure le bec en 3 fois, de même pour les 2 ailerons.
Sophie tend l'oreille et prend note de tout ce qui est fait dans le froid et le vent.

On effectue la mesure de la masse du manchot en le plaçant dans un petit sac que l’on accroche à un peson. En général la masse varie entre 2 et 4kg.

Vient ensuite la prise de sang. Elle se fait sur l’une des pattes du manchot. L’objectif est de récolter si possible 2ml de sang. Le sang contient beaucoup d’informations. Il permettra par exemple plus tard d’en déterminer le sexe.

Et voilà, les opérations sont terminées, nous pouvons donc le relâcher.
On continue ainsi pour tous les autres individus non répertoriés. Grâce à ces puces nos successeurs pour les années suivantes seront en mesure de pouvoir identifier chaque individus de la colonie.
Le suivi de l’espèce se poursuit donc d’années en années.

De retour au labo, Delphine conditionne tous les échantillons récoltés. Certains partent directement en labo en métropole, d'autres sont traités, notamment pour les échantillons de sang. Elle sépare sur place le plasma des globules, puis elle les placent en conditionnement pour envoi.


Pour conclure sur ma première manip manchots, et bien, ça sent vraiment fort le manchot, mais qu’est-ce qu’ils sont mignons ! Ils sont tout doux, de vraies peluches ces petits "poupous". Les adultes sont en revanche souvent agressifs, bruyants mais très marrants dans leur manière de faire les choses.

Pour le moment, pas possible de vous dire le nombre de nouveaux poussins, mais ce qui est certain c’est qu’il n’y en aura pas 0 cette année et ça c’est génial !

Manip à renouveler dès que possible !

Quelques photos en basse résolution ;)

Capture d'un manchot

Préparation du "transpondage"

Vérification présence de la puce électronique

Mesures : Bec puis ailerons

Je note les mesures et actions effectuées

Mesure du poids

Prise de sang

Fin de la première opération, tout est ok !

Préparation du matériel pour le prochain poussin

Colonie Antavia en fin de période

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